(Actualisé avec déclarations de Volodimir Zelensky)
par Andrew Gray, Philip Blenkinsop et Max Hunder
Volodimir Zelensky a durci le ton vendredi à l'égard de la Russie, accusée de feindre une "parodie" de processus de paix, et visé par ricochet Donald Trump auquel il reproche de "remplir les poches" de Vladimir Poutine pour poursuivre la guerre en Ukraine.
Venu s'assurer à Bruxelles du soutien de l'Union européenne, dont le sommet de deux jours s'achevait ce vendredi, le président ukrainien repart avec la garantie d'un appui politique et d'une aide pérennes, en termes financiers et militaires, des Vingt-Sept, qu'il a salués comme de "vrais dirigeants".
Les dirigeants de l'UE ont fait bloc derrière Volodimir Zelensky, fragilisé par le "lâchage" de Donald Trump, qui met en péril l'appareil de défense de l'Ukraine soumise au feu ininterrompu de l'armée russe.
Mais au-delà des marques ostensibles de soutien, ils se divisent désormais en coulisses sur l'utilité et l'ampleur de l'engagement financier en faveur de Kyiv.
Le moment est critique pour le dirigeant ukrainien qui voit le président américain multiplier les gestes hostiles envers Kyiv à l'approche des élections de mi-mandat aux Etats-Unis, où la cherté croissante du coût de la vie, alimentée par la flambée des prix de l'énergie, devrait peser dans les urnes.
Donald Trump, déterminé à sauver sa majorité au Congrès le 3 novembre, impute la hausse des prix des carburants au conflit russo-ukrainien plutôt qu'à la guerre au Moyen-Orient.
LA "HONTE", SELON TRUMP
Balayant quelque responsabilité des Etats-Unis - qui ont déclenché une guerre contre l'Iran le 28 février au côté d'Israël -, le président américain a maintes fois accusé Kyiv d'être à l'origine de la crise énergétique et a jugé jeudi lors d'une interview sur Newsmax que la reprise des bombardements ukrainiens sur les raffineries russes était "une honte".
"Tout ce qu'il (Volodimir Zelensky) fait, c'est faire grimper le prix mondial du pétrole", a-t-il lâché.
Le chef de la Maison blanche avait formulé le 11 octobre sur son réseau "Truth Social" l'annonce unilatérale d'une "trêve énergétique" censée mettre fin aux attaques contre les infrastructures énergétiques en Russie et en Ukraine. Volodimir Zelensky n'en avait pas été informé et le Kremlin a laissé planer l'incertitude sur les contours d'un tel "accord".
Deux jours avant, Donald Trump avait acté une levée temporaire des sanctions américaines visant la Russie en se félicitant d'un accord avec Vladimir Poutine en vue de la livraison de quantités massives de gazole russe pour les marchés américain et mondial afin de faire baisser "dans des proportions records" le prix du carburant pour les Américains - et futurs électeurs.
La manoeuvre aux visées électoralistes, dénoncée jusque dans les rangs républicains, sonne comme une trahison pour les Ukrainiens, qui n'ont pour l'heure que l'UE comme seul allié solide.
"L'accord sur le diesel ne suffira jamais à compenser l'impact du [blocage du] détroit d'Ormuz sur les marchés mondiaux. Mais il va remplir d'argent les poches de Poutine pour financer la guerre", a lancé Volodimir Zelensky lors d'une conférence de presse en marge du sommet de Bruxelles.
"Et maintenant nous voyons l'argent revenir à flots en Russie", a-t-il déploré.
ZELENSKY DEMANDE 70 MILLIARDS D'EUROS À L'UE
Pour le président ukrainien, le chef du Kremlin ne souhaite nullement engager des négociations de paix, "quelle qu'en soit la forme." "Il joue sur les mots, affirmant répondre [aux propositions]. (...) Cela ressemble tout simplement à la parodie d'une intention sincère de mettre fin à la guerre".
Autre effet du rapprochement américano-russe, l'armée ukrainienne a été pénalisée cette semaine par des dysfonctionnements du réseau de satellites à usage militaire Starshield, dont Reuters rapportequ'ils sont la conséquence d'un ordre venu de la Maison blanche. Un responsable de l'administration américaine a opposé un démenti à cette information.
Volodimir Zelensky a déclaré lors de sa conférence de presse que le système n'avait pas été totalement restauré et assuré qu'il aidait exclusivement à l'interception de drones russes, non à des attaques contre le territoire russe.
L'incapacité de l'Europe à fournir une alternative à ce réseau crucial, concédée par la Haute représentante pour la politique étrangère de l'UE Kaja Kallas, souligne les limites de l'appui des Vingt-Sept.
Volodimir Zelensky le sait, qui a renouvelé son appel aux Européens pour une aide financière supplémentaire, relayé par la suite sur son compte X : "La guerre coûtera 155 milliards d'euros l'an prochain. Nous avons besoin d'au moins 70 milliards de plus." "C'est un montant raisonnable. Et je vous demande de trouver ce soutien. Cela nous aidera à contenir la Russie".
Le Premier ministre estonien, Kristen Michal, a estimé vendredi auprès de Reuters qu'un nouveau prêt communautaire serait nécessaire pour renflouer les caisses ukrainiennes face à un hiver qui s'annonce comme un nouvel "enfer". L'Ukraine, selon son ministre des Finances Sergii Martchenko, accuse un déficit de 32,6 milliards de dollars dans son budget 2027.
(Andrew Gray, Bart H. Meijer, Philip Blenkinsop, Charlotte Van Campenhout, Louise Rasmussen, Lili Bayer, Andreas Rinke; version française Sophie Louet)

1 commentaire
Vous devez être membre pour ajouter un commentaire.
Vous êtes déjà membre ? Connectez-vous
Pas encore membre ? Devenez membre gratuitement
Signaler le commentaire
Fermer